Le journalisme politique à visée pédagogique est un exercice délicat. Expliquer à de jeunes adolescents le conflit de Gaza, dans un langage accessible mais sans excès de simplification, avec suffisamment d’objectivité pour éclairer les positions antagonistes sans y glisser sournoisement la sienne, cela ne va pas de soi. C’est pourtant l’ambition affichée du bimensuel Le Monde des ados publié par le groupe « La Vie – Le Monde » dans son numéro du 21 janvier quand il annonce en première de couverture : « GAZA : 5 questions pour comprendre ».

Le rédac’ chef donne le ton

« Le mot du rédac’ chef » qui fait office d’éditorial amorce cette entreprise pédagogique d’une manière pour le moins abrupte : « Il ne s’agit pas de décréter qui est coupable et victime dans le drame de Gaza. Il ne s’agit pas de savoir si cette guerre était inévitable ou non. De toute façon, elle ravage la région depuis plus de soixante ans. » On peut lire dans ces précautions liminaires une tentative de se refuser à prendre position sur le fond du conflit. Mais telles qu’elles sont formulées, elles justifient une forme de fatalisme (« de toute façon ») qui ignore délibérément les responsabilités et les causes de la guerre, et par là même ce qui aurait, peut-être, permis de l’éviter. Mais surtout ces précautions interdisent toute compréhension un tant soit peu rationnelle qui se trouve d’emblée fermement exclue (« Il ne s’agit pas » ).

S’il ne s’agit pas de comprendre, comme on aurait pu le croire au vu du titre du magazine (« 5 questions …pour comprendre »), de quoi s’agit-il alors ? C’est ce que nous apprend la suite.

« Mais on peut regretter que les deux camps –Palestiniens du Hamas et Israéliens- aient, une fois de plus, choisi les armes plutôt que le dialogue ». Ce regret aux accents pacifistes est pour le moins étonnant : si la question de savoir si la guerre était « inévitable ou non » ne se pose pas, comment « regretter » qu’elle ait lieu ? Si « les deux camps » ont » choisi les armes », c’est qu’un autre choix était possible et donc que la guerre était évitable. Pour permettre aux ados de l’évaluer sans le faire à leur place, il fallait leur fournir les éléments d’appréciation correspondants.

Ce tour de passe-passe n’est possible que parce que ce court édito passe progressivement d’un registre rationnel, énoncé pour être aussitôt abandonné (« Il ne s’agit pas de savoir » ), à un registre moralisant, voire sentimental quand, au regret succède la déploration :

« Il s’agit de déplorer qu’une fois de plus dans l’histoire des guerres, des enfants payent de leur vie la folie des hommes. Tués par des bombes ou pris en otage par des combattants installés dans les camps de réfugiés où ils ont leur domicile, leur école, leurs amis, les enfants de Gaza sont les vraies victimes de ce drame. »

Nouvelle contradiction : le rédac’ chef contrairement à son injonction de la première phrase (« Il ne s’agit pas de décréter qui est coupable et victime » …). désigne des victimes… mais sans nommer les coupables, du moins ouvertement.

Les coupables seraient donc les hommes en général, ou plutôt leur « folie ». Formes de cette folie, « des bombes » dont on ne dit pas qu’elles sont envoyées par les soldats israéliens, et des « combattants » qui prennent les enfants « en otage » : on aura reconnu le Hamas, dans une version conforme à celle que donne le gouvernement israélien. De là à suggérer, voire à « décréter » que ce sont eux les vrais coupables…

Quant aux » vraies victimes », seules le seraient « les enfants de Gaza ». Pourquoi seraient-ils des victimes plus « vraies » que les femmes, les adultes des deux sexes ou les vieillards ? On peut supposer, mais seulement supposer qu’aux yeux du rédac’ chef, ils offrent plus de possibilités d’identification aux « vrais lecteurs » du Monde des ados.

Le mot du rédac’ chef, à travers ses contradictions désinvoltes, exprime grossièrement ce que l’on trouve, en plus dilué sinon plus subtil, dans d’autres médias : l’appel aux sentiments impuissants et le rejet de toute approche rigoureuse des événements et des enjeux en présence. En même temps, le mot du rédac’ chef, en dépit de la compassion affichée pour les « enfants de Gaza », met en circulation, par la bande, un point de vue favorable à la politique de l’Etat israélien. Comme on va le voir à nouveau quelques pages plus loin.

Propagande pour ados

Dans la double page consacrée aux « 5 questions pour comprendre » on apprend - dans un article introductif intitulé : « Gaza : foyer de tensions permanentes » - qu’après l’évacuation de Gaza en 2005 « … la victoire électorale du Hamas, en 2006, change la donne. » Et de préciser : « Après de violents affrontements avec l’autre parti palestinien (Fatah), le Hamas prend le contrôle de Gaza. Depuis, les habitants de Gaza sont privés de toute activité commerciale (c’est un blocus). » Non seulement il n’est pas dit ici que le blocus est instauré par les Israéliens (ce que de jeunes adolescents, mais pas seulement eux, peuvent ignorer..), mais il apparaît comme un effet direct et exclusif de la victoire électorale du Hamas qui « change la donne ».

Viennent les 5 questions. Il suffit de s’arrêter sur quelques réponses pour voir ce qu’elles permettent de comprendre et de ne pas comprendre.

En réponse à la première question sur les raisons de la guerre israélo-palestinienne, la mention de la création en 1948 de l’Etat d’Israël en Palestine est accompagnée de cette heureuse précision : « ce territoire est déjà habité par le peuple palestinien ». Pour illustrer l’article, une carte de la région représente le partage de la Palestine de 1947 avec la part destinée aux juifs et celle destinée aux arabes (Palestiniens). En légende, il est indiqué, pour la part des Juifs : « Etat juif », et pour celle destinée aux Palestiniens : « Territoires accordés aux arabes » . Quel adolescent peut lire sans sombrer dans un abîme de perplexité que l’on fait cadeau à un peuple d’une partie du territoire qu’il habite déjà ?

Après une question sur le Hamas - délicatement formulée (« Le Hamas, c’est quoi ? » ) - vient celle qui concerne les « nouveaux combats ». Il est dit que la trêve » s’est arrêtée quelques jours avant Noël ». Voici comment : « Dénonçant le blocus de Gaza et un raid israélien, le 4 novembre, le Hamas a lancé des tirs de roquettes sur Israël. Les Israéliens indiquent que même durant la trêve, ces agressions n’ont jamais cessé. C’est ce qui a provoqué l’attaque aérienne, puis terrestre, par l’armée israélienne le 27 décembre dernier. » Une fois de plus, c’est – en dépit de quelques précautions - le point de vue israélien qui est ici soutenu.

Pourquoi n’est-il pas précisé que le blocus aux effets dévastateurs sur la population de Gaza avait été maintenu pendant toute la trêve alors que sa levée progressive devait en être la contrepartie [1] et que le raid israélien, faisant 6 morts, était une violation de cette trêve ? Pourquoi parler d’ « agressions » quand il s’agit du Hamas et seulement de « raid » quand il s’agit de l’armée israélienne ? Pourquoi laisser entendre que ce sont les tirs de roquettes du Hamas (« C’est ce qui a provoqué… » ) qui ont provoqué l’attaque israélienne alors que le 15 janvier (date de rédaction de l’article) il était déjà connu qu’Israël préparait cette invasion depuis six mois [2] ? Et si tout cela est controversé pourquoi ne pas le dire ?

La quatrième question porte sur le « bilan de ces affrontements. Le 15 janvier, il y avait déjà plus de 1000 morts [de quel pays ? tués par qui ?], dont plus de 300 enfants [de quel pays ? tués par qui ?]. Plus de 4700 Palestiniens ont été blessés [par qui ?] […] Mais pour l’instant, l’aide humanitaire a du mal à être acheminée sur place [et pourquoi donc ?] » Bien sûr, il est évident que les morts sont des Palestiniens tués par des Israéliens, mais le simple fait de ne pas les mentionner, lorsqu’il est renouvelé, confère aux combattants un caractère de plus en plus indéterminé qui peut aller, pourquoi pas, jusqu’à leur substituer « La folie des hommes ».

Laissons de côté la dernière question (qui porte sur les tentatives de cessez-le-feu). De la guerre elle-même, on ne connaîtra pour l’essentiel que les victimes : rien n’est dit, par ailleurs, sur les forces en présence : dérisoires roquettes artisanales contre une des plus puissantes armées du monde ; sur les bombardements incessants par avion d’un petit territoire surpeuplé, sans aviation ni défense anti-aérienne, sur les bombardements des écoles de l’ONU, des cliniques mobiles de la Croix Rouge, sans parler des bombes au phosphore…

* * *

On pourrait imaginer une information qui, adressée à de jeunes adolescents sur un sujet aussi brûlant, serait accompagnée d’un véritable effort d’explication. Celui-ci devrait s’appuyer sur des faits vérifiés, des citations circonstanciées, une histoire, un contexte. Et mentionner que les faits sont controversés et que les interprétations divergent. Plutôt que de proposer un simulacre de neutralité, on aurait pu restituer la pluralité des points de vue. Ce serait respecter les lecteurs et en particulier les ados, au lieu de laisser libre cours à une propagande insidieuse.

Ainsi « informés », nos ados sont fins prêts à bénéficier de l’abonnement gratuit à un quotidien que leur propose le président Sarkozy pour leurs 18 ans, -une des décisions qu’il a tirées des Etats généraux de la presse écrite-, afin de développer leur éducation à la « citoyenneté » !

Jean Pérès

Notes

[1] Une trêve entre le Hamas et Israël est entrée en vigueur jeudi matin. L’accord, négocié par l’entremise de l’Egypte, prévoit l’arrêt des tirs palestiniens vers Israël et la fin des attaques israéliennes sur la bande de Gaza. Israël s’est également engagé à alléger progressivement son blocus sur la bande de Gaza , en vigueur depuis bientôt un an. (France 24, 19 juin 2008)

[2] Cf. ici même l’article « Médias en guerre (1) Sous couvert de neutralité » . Et l’article de Dominique Vidal dans Le Monde diplomatique de février 2009 paru sous le titre « Plus le mensonge est gros… »

Lettre aux six dirigeants des grands pays européens présents au sommet de Charm el-Cheik

Le 18 janvier au soir, après le sommet de Charm el-Cheik, pendant que sous le feu israélien continuaient de mourir hommes femmes et enfants de Gaza, on vous voit attablés autour du triumvirat aux mains maculées de sang, dans une sorte de Cène tels les apôtres autour de Jésus.

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Olmert rigole, Berlusconi l’accompagne dans son rire en lui tenant fraternellement les épaules, Sarkozy, assis apparemment sur un rehausseur, affiche son habituel air niais et Merkel s’interroge peut-être sur cette faillite morale à laquelle elle participe.

L’atmosphère n’était pas empreinte de cette gravité qui donne au Repas du Christ toute sa méditative valeur, non là, l’ambiance était celle des soirs de triomphes : larges sourires, accolades, embrassades et franches poignées de main. La courtoisie de vos hôtes dont on connaît la morgue pour les résolutions de l’ONU, notamment la toute récente 1860 qui demandait « un cessez le feu immédiat » n’est pas allée jusqu’à faire cesser au moins le temps de votre visite le bombardement au phosphore des ambulances, hôpitaux et bâtiment de l’ONU.

J’en ai honte. Et mal ! Mal pour votre dignité et honte pour l’honneur de cette Europe que vous représentez. Vous me direz que c’est un voyage pour la paix. Et vous invoquerez la diplomatie pour les confraternels salamalecs avec les donneurs d’ordre du rouleau compresseur de la destruction et de la mort !

Mais la diplomatie et la paix, justifient -elles tant d’apparat et de complaisance envers des dirigeants, accusés de partout de crimes contre l’humanité ? La diplomatie doit-elle s’accommoder obligatoirement de cynisme ? Car comment ne pas prendre pour du cynisme tout cet étalage de sympathie qui blesse le sens moral. De paix, parlons -en justement !

Ce n’est pas à des hommes de votre expérience et de votre prestige que j’apprendrais quel est le premier devoir du faiseur de paix : l’objectivité au moins et surtout ne jamais confondre la victime avec son bourreau !

Or dans ce conflit, cette image de vous six dans la maison des faucons, témoigne de votre fraternité de cœur et d’esprit avec des dirigeants si égoïstes dans leurs intérêts, exigeants tout et ne donnant jamais rien, dominateurs et colonisateurs, incapables de raison ni de simple pitié pour des femmes et des enfants, affameurs et constructeurs de murs qui étranglent, haineux et inhumains ! Toute la journée du dimanche 18 janvier, avec le Président égyptien vous n’avez cessé de vilipender le Hamas qui, en tirant des roquettes bidouillées sur Israël, est déclaré seul responsable de la destructrice colère d’Israël. Comme toujours les responsabilités de l’Ami Israélien sont occultées, à vos yeux ma foi, des dizaines de mois d’un siège qui rappelle quelque peu celui imposé à Leningrad par l’Allemagne nazie, ne compte pas. Affamer les gens de Gaza relève de l’insignifiance. Et ce même jugement si partagé qui explique sans doute l’indifférence totale du monde occidental, autoproclamé pourtant défenseur des libertés et de la démocratie.

Puis-je vous poser une question ? Je sais qu’il est très difficile pour vous de vous mettre à la place de personnes à peines considérées comme des humains par vos collègues Israéliens. Mais je vous sais capables d’un grand effort d’imagination. Supposez-vous parqués comme des animaux, séquestrés entre quatre murs de béton, privés de pain, d’eau et de lumière, votre droit à la vie chaque minute contesté, étouffant sous le poids de la misère et de l’abandon, n’auriez vous pas essayé dans un élan de survie, de trouver un moyen de manifester votre refus de mourir : taper de toutes vos forces contre le mur qui vous enferme ou griffer le visage de votre geôlier , bref d’essayer de faire quelque chose contre l’oppression qui vous tue à petit feu. Du point de vue de la justice la plus élémentaire, comment considérer autrement ces roquettes artisanales que comme une ruade de mourants, la manifestation de ce profond désir de l’homme d’essayer de mourir debout, de dire non à toute paix dans la soumission.

Quel Salomon pourrait rester insensible à la lutte tragique de l’homme pour sa terre et sa liberté ? C’est un vieux combat que celui-là, des Hébreux contre l’Egypte des Pharaons à la résistance française, l’Histoire a toujours porté admiration et donné justice à ceux qui puisent dans leur chair et leur sang afin de s’affranchir d’une injuste domination. Oh ! Grands dirigeants de l’Europe, si vous vouliez bien vous vêtir d’impartialité et d’honneur et porter haut la grandeur des peuples que vous représentez, si vous vouliez juger en toute conscience et considérer seulement quelques faits comme ce royal mépris pour toutes les résolutions de l’ONU, la colonisation qui se continue, des crimes de masses comme celui de Beït-Hanoun, les assassinats ciblés, l’ utilisation sans discernement d’une machine de guerre des plus sophistiquées ; si vous pouviez simplement prendre en compte l’effarant nombre de victimes palestiniennes , vous n’aurez aucune difficulté à désigner le bourreau ! Mais je sais que c’est là trop vous demander !

Et c’est cela même qui blesse : vous voir ce dimanche soir formant une auguste et amicale assemblée autour des bourreaux, vous voir arborer si franchement, sourire aux lèvres et œil guilleret, un comportement de complices venant, sous prétexte de paix, rassurer leurs amis de leur indéfectible attachement quels que soient leurs errements, leurs aveuglements, leurs crimes. Indécence ou inconscience ?

Franchement, avez-vous trouvé une minute pour réprimander vos hôtes et amis par exemple sur ce raid du 4 novembre qui tua six personnes, cela en violation justement de la trêve ? Leur avez-vous dit votre colère quant au blocus dont les clauses de la trêve prévoyaient clairement la levée ? En toute objectivité, et vous le savez, c’est Israël qui d’abord n’a jamais respecté la dite trêve, puis l’a rompue militairement et unilatéralement ce 4 novembre2008. Et l’on peut raisonnablement supposer, tant c’est dans les habitudes des dirigeants israéliens, que toutes ces provocations étaient préméditées afin de déclencher des réactions/ruades de mourants de la part du Hamas, réactions qui l’aideraient à justifier son opération militaire dont le nom « Plomb durci » est tout un programme. Non, bien sûr, cela se serait vu et vos visages auraient été marqués par le rictus de la désapprobation !

A vos yeux, Israël n’est jamais coupable ! Et ça, ce n’est pas un comportement responsable et ce n’est pas bon pour la paix !

A mon tour d’être blessant ! Je vais l’être, pas par plaisir croyez le bien. Je sais que ce que je vais vous dire est grave et offensant mais comprenez aussi que ce spectacle de tant de promiscuité avec des bourreaux, cette Cène qui vous confine dans une posture d’affidés, m’a profondément choqué. Et je n’ai pu juguler le souvenir de MUNICH !

Evoquer ce 30 septembre 1938 de la honte est dur pour vous comme pour moi. Mais comment écarter une similitude si envahissante. Rappelez-vous, représentants français et anglais étaient venus à Munich dire son fait à Hitler et défendre la paix, ils sont repartis, le cœur léger après lui avoir cédé sur tout ! Ai-je besoin de vous rappeler le prix en vies et en destruction de la lâcheté munichoise ?! Une bonne cause se suffit à elle-même, s’impose avec la force de l’évidence. Elle n’a pas besoin de mensonges. Aucun droit, pas plus que le droit légitime de défendre les intérêts de son pays, ne justifie que l’on tue impunément. Enfin, l’indulgence et les reculades devants le diktat et les ambitions démesurées balisent plus le chemin de la guerre que celui de la paix. C’est la grande leçon de Munich. Sera-t-il écrit un jour que les dirigeants d’Israël seraient pour quelque chose dans la dégénérescence intellectuelle et morale de l’Europe ?

J’ai relu cette lettre, c’est d’abord le cri de ma conscience blessée par tant de torts faits à la justice et à l’humanité. Je n’y vois rien d’outrancier et si, c’en était le cas sur un point, je vous prie de puiser dans ce qui vous reste de générosité pour me pardonner la faute. J’ai pour excuse ces corps d’enfants déchiquetés par l’acier des bombes. Plus de trois cents ! Des images insupportables qui accusent et interpellent. Elles sont une insupportable injure aux valeurs humaines si chères au cœur des Européens qui vous ont accordé leur suffrage et donc leur confiance. Personnellement je les ressens comme une atroce atteinte à ma dignité. La dignité c’est quoi, me direz-vous ? - C’est le refus catégorique de toute compromission avec ce qui choque le cœur et l’esprit. Malgré tout et par respect pour ceux qui vous ont élus, je ne veux point vous assimiler à un Chamberlain ou à un Daladier, et vous prie de croire tout de même à ma considération.

Hassen Bouabdellah, citoyen français d’identité, de culture et de cœur

par Frank Barat



Dans quelques jours, Israël procédera à l’élection de ses nouveaux leaders dans le cadre des élections législatives. Les trois prétendants sont Tzipi Livni pour Kadima (parti d’Ariel Sharon), Ehud Barak pour le Parti Travailliste et Benyamin Netanyahu pour le Likoud.

Avant la « guerre » de Gaza, la lutte était bipartite : Livni et Netanyahu avaient la faveur des sondages. La lutte est devenue tripartite grâce aux évènements de la Bande de Gaza initiés par Livni et Barak. Barak a alors vu remonter en flèche les intentions de vote en sa faveur et lui a permis de se replacer dans la course aux élections. Et même s’il n’était pas élu, son parti remporterait davantage de sièges que prévu il y a encore quelques mois.

Mais pour les journalistes israéliens (Gideon Levy – Haaretz) autant que pour les militants (Jeff Halper d’ICAHD) le favori au poste de futur Premier Ministre a toujours été Benyamin Netanyahu.

Le monde espère que cette élection sera aussi « transparente et démocratique » (termes employés par Jimmy Carter et la plupart des observateurs internationaux) que l’élection palestinienne de 2006 qui a vu le Hamas l’emporter largement.

On sait ce qui s’est passé ensuite. En résumé, Israël et une grande partie de la communauté internationale ont refusé de reconnaître la légitimité du Hamas et ainsi celle du nouveau gouvernement d’unité palestinienne (constitué en mars 2007).

Abbas, dont le but a toujours été la reconnaissance des Etats-Unis et d’Israël, a expulsé le Hamas du gouvernement et en a formé un nouveau avec Salam Fayyad (politicien et économiste formé aux Etats-Unis) en tant que Premier Ministre. Une guerre préventive et violente a alors été menée par le Hamas contre le Fatah et les milices soutenues par les Etats-Unis et Israël (menées par Mohamed Dahlan) et le Hamas a ensuite« repris » la Bande de Gaza.

Même si les Etats-Unis et Israël ont réagi avec surprise et condamné fermement cette guerre, ils sont parvenus à atteindre l’un de leurs objectifs anciens. « Diviser pour mieux régner », stratégie empreinte de réussite dans l’histoire des Etats-Unis, et qui redevenait d’actualité, offrant l’image d’une Cisjordanie respectable (c’est à dire coopérante) sous l’égide de l’Autorité palestinienne d’une part et une Bande de Gaza soumise à un Hamastan islamiste et féroce, d’autre part.

Un blocus israélien de la bande de Gaza, soutenu par la communauté internationale, s’en est suivi et une fois encore pour aller à l’essentiel, la « guerre » de Gaza fut déclenchée en décembre 2008 par Israël. Nous en sommes à ce point. Plus de 1300 Palestiniens sont morts et 5000 ont été blessés.

Mais comment tout ceci a-t-il pu se produire ? Quel motif réel Israël et la communauté internationale ont-ils pu donner pour ne pas reconnaître le Hamas ?

La raison invoquée est la non-reconnaissance d’Israël et l’existence d’une Charte appelant à la destruction de l’État hébreu.

Les politiciens autant que les grands médias ont reconnu cette réalité sans plus de questions. Mais quel Israël le Hamas doit-il reconnaître ? Israël n’a pas clairement défini ses frontières. Le Hamas doit-il reconnaître Israel dans ses frontières de 1948 ? de 1967 ? ou de 2009 avec son mur synonyme d’apartheid, ses colonies (les colonies ont augmenté de 60% en 2008, l’année même de la conférence sur le « processus de paix » d’Annapolis, chiffre publié par Peace Now), ses citoyens arabes de deuxième rang et avec un Jérusalem-Est annexé ?

Tout observateur avisé ferait remarquer que le Hamas (à travers Haniyeh et Meshal) a plus d’une fois, fait connaître sa volonté de reconnaître Israël selon les frontières de 1967. L’information n’est pas secrète : ces déclarations ont été reprises par le Guardian, le Washington Post et bien d’autres publications, attestant de l’alignement du Hamas sur la volonté répandue parmi la communauté internationale : une solution à deux États.

Pourtant, un obstacle s’impose encore et toujours : le problème de la Charte du Hamas. Quelles que soient les propositions avancées par Meshal ou Haniyeh, la Charte revient sempiternellement les hanter.

Mais qu’en est-il de la Charte du Likoud ? Netanyahu est à la tête d’un parti de droite et sur le point de remporter les élections. Aussi, il est intéressant de regarder quelles idées il défend.

Dans la section « Paix et Sécurité » du programme du Likoud, document récent puisque édité en 1999, on peut lire : « la Paix est l’objectif premier d’Israël. Le Likoud souhaite renforcer les accords de paix existants avec les États arabes et s’efforcer de parvenir à des accords de paix avec l’ensemble des pays frontaliers d’Israël afin de trouver une solution de paix au conflit israélo-palestinien. »

Mais lorsque sont évoquées les colonies, voici ce qui est dit :
« Les communautés juives de Judée, de Samarie et de Gaza sont une concrétisation des valeurs sionistes. L’implantation est l’expression du droit irréfutable du peuple juif à disposer de la terre d’Israël et constitue un atout important dans la défense des intérêts premiers de l’État d’Israël. Le Likoud s’attachera à renforcer et à développer ces communautés et s’opposera à leur démantèlement. »

Annihilant ainsi le moindre espoir d’une solution à deux états.

Au sujet d’un État Palestinien :
« Le gouvernement israélien rejette fermement la création d’un État arabo-palestinien à l’ouest du Jourdain. Les Palestiniens peuvent vivre librement dans un contexte d’autonomie mais pas en tant qu’Etat indépendant et souverain. Ainsi, par exemple, dans le cadre des affaires étrangères, des questions de sécurité, d’immigration et d’écologie, leurs activités doivent être limitées par les impératifs liés à l’existence d’Israël, à sa sécurité et aux besoins de la nation. »

Annihilant ainsi tout espoir d’envisager un État palestinien souverain.

Sur la question de Jérusalem :
« Jérusalem est la capitale éternelle et indivisible de l’État d’Israël et seulement de l’État d’Israël. Le gouvernement rejettera fermement tout proposition palestinienne envisageant la division de Jérusalem, en particulier le projet présenté à la Knesset par des factions arabes et soutenu par de nombreux membres du Parti Travailliste et du Meretz. »

Annihilant ainsi toute chance de négociations de paix puisque Jérusalem-est en tant que capitale d’un futur État palestinien n’est absolument pas négociable pour tout Palestinien.

En résumé, la Charte du Likoud ne reconnaît pas l’existence de la Palestine et réfute toute idée d’un État palestinien souverain.

Ce qui devrait logiquement suivre ne devrait donc être une surprise pour personne :

La non-reconnaissance du Likoud par la communauté internationale et l’instauration d’un blocus a l’encontre d’Israël.

- Frank Barat est un militant pour la paix. Installé à Londres, il publie des articles pour Counterpunch, Zmag, The Palestine Chronicle et d’autres sites internet et publications. Il a réalisé récemment « Life under occupation », documentaire sur la vie à Naplouse, dans les territoires occupés. Son livre d’entretiens avec Noam Chomsky et Ilan Pappé, intitulé « Le Champ du Possible » est paru récemment.
Source : The Palestine Chronicle
Article traduit par Herve Landecker

Par: DOVKANTS Keith

Quand j’écrivais que les temps changent pour l’entité sioniste, je ne croyais pas si bien dire. L’affaire du refus par la BBC de diffuser un appel à dons humanitaires pour Gaza ravagée par la terreur sioniste a fait grand bruit Outre Manche. En effet, des députés mais aussi des ministres ( !) avaient fait part à cette entreprise de leur indignation et de leur scepticisme quant aux arguments que sa direction avançait pour expliquer ce refus. Je vous avais dit que la BBC n’était certainement pas le seul groupe médiatique à incriminer puisque les télévisions dépendant du groupe de Rupert Murdoch n’étaient en réalité pas favorables non plus à la diffusion de cet appel à donner pour Gaza.

J’avais pointé la responsabilité du lobby sioniste dans cette affaire. Il est vrai que, parler de ce lobby chez les pro Palestiniens est courant. On en parle dans des réunions, dans des médiats plus ou moins confidentiels mais on en entend jamais parler dans les journaux de grande diffusion ni dans les radios ou télévision qui captent l’attention du grand public.

A croire que ce lobby est quelque chose que nous, ou les Palestiniens, avons inventé. Sauf que ceux qui fréquentent la presse sioniste savent que ce n’est pas une invention et qu’ils n’hésitent pas tantôt à se vanter de leur pouvoir de pression.

Et sauf que l’affaire de la BBC a permis pour la première fois à un journal londonien à grand tirage de s’exprimer ouvertement sur le rôle de ce lobby.

L’article que je vous propose vaut son pesant d’or, il est d’une nature inédite en Europe. Il traduit le courage retrouvé de certains journalistes choqués par la sauvagerie sioniste mais également, à n’en pas douter, des frictions de plus en plus importantes au niveau des sphères dirigeantes britanniques ; un affrontement entre ceux qui sont domestiqués par le lobby sioniste et ceux qui veulent affranchir leur pays de son influence.

Djazaïri


Le rapport secret au cœur de la paranoïa de la BBC sur Gaza

Enfoui quelque part au fond des entrailles de la BBC, se trouve un document top secret qui pourrait expliquer beaucoup de choses sur la décision de l’entreprise de boycotter l’appel à dons en faveur de Gaza. Il s’agit du rapport Balen qui n’a été porté à la connaissance que de quelques personnes du sommet de la hiérarchie de la BBC. Ils avaient chargé Malcolm Balen, un directeur de rédaction, d’enquêter sur des allégations selon lesquelles la couverture par la BBC du conflit israélo-palestinien était biaisée.

Balen a examiné des centaines d’heures d’émissions, télé ou radio diffusées, et en a analysé le contenu minute par minute, s’intéressant souvent aux phrases et au choix du vocabulaire de tel ou tel journaliste. Il a ensuite rendu ses conclusions dans un rapport de 20 000 mots. Si les dirigeants de la BBC s’attendaient à un bilan de santé satisfaisant, ils furent déçus. Les conclusions de Balen, diffusées de manière très restrictive fin 2004, étaient effrayantes.

En dépit du secret, il y a eu des fuites, notamment au sujet de la conclusion de Balen selon laquelle les reportages de la BBC sur le Moyen-Orient étaient biaisés en défaveur d’Israël.

L’importance de cette conclusion peut être difficilement surestimée. Indépendamment de son obligation légale d’impartialité, la BBC s’efforce depuis des années de parer à des allégations selon lesquelles ses reportages favoriseraient les Palestiniens. Assertions qui se sont combinées avec des critiques sur un penchant à gauche de la BBC qui minerait sa légitimité en dissimulant un agenda libéral [de gauche dans l’acception britannique]. Les dirigeants de la BBC ordonnèrent la mise au placard du rapport Balen. Quand une démarche fut entreprise pour rendre publiques ses conclusions aux termes des lois sur la liberté de l’information, la BBC dépensa 200 000 Livres dans une action en justice pour le conserver au secret.

Le rapport Balen aurait difficilement pu être réalisé à un pire moment. Ses conclusions furent rendues alors que la BBC essayait d’oublier l’agitation engendrée par l’enquête Hutton. Greg Dyke, le PDG de l’entreprise avait été poussé à la démission en raison de ce que Lord Hutton avait considéré comme un problème de reportage tendancieux, même si la plupart des journalistes pensaient que c’est Lord Hutton qui était dans l’erreur [voir affaire David Kelly].

Pendant ces jours mornes de 2004, le rapport fut perçu comme presque anecdotique par les grands patrons de la BBC. Ce qui posait vraiment problème, c’était que des positions pratiquement inexpugnables avaient été démolies par des allégations d’insuffisance journalistique. Les nouvelles têtes dirigeantes de l’entreprise, dont le PDG Mark Thompson, venaient de recevoir une dure leçon. Ils ne souffriraient pas le même sort que Greg Dyke.

En 2005, Thompson s’envola pour Jérusalem et rencontra Ariel Sharon, le premier ministre de l’époque, Mahmoud Abbas, le dirigeant palestinien. Il leur assura que les informations de la BBC seraient d’une impartialité absolue. A son retour à Londres, l’entreprise mit en place le régime d’information sur le Moyen-Orient actuellement en vigueur et qui, ils sont nombreux à le croire, a influencé la décision de refuser de diffuser l’appel aux dons en faveur de Gaza.

Selon des sources internes à l’entreprise, les tensions relatives à la couverture journalistique du conflit israélo-palestinien ont induit un état proche de la psychose chez les cadres et ceux qui définissent la politique de la BBC. Une source interne a déclaré à l’Evening Standard : « Ils sont morts de trouille. Les décrire comme des poulets décapités qui courent en long et en large donnerait encore une trop forte impression d’ordre et de cohésion. Ils se terrent dans les recoins. La peur est palpable. »

Comment en est-on arrivé là ? L’opinion d’un certain nombre de vieux routiers de la BBC est que les pressions d’Israël et de ses partisans ont engendré de la nervosité et conduit les dirigeants de l’exécutif et les chefs de rédaction à surcompenser devant les allégations de biais pro palestinien. Un ancien rédacteur en chef déclare : « Tout ce que nous faisions était sujet à controverse. Il y avait un formidable lobby soutenant Israël et les courriers affluaient. La pression était énorme. »

Le sentiment que les journalistes de la BBC favorisaient le côté palestinien a été conforté par plusieurs incidents bien connus dont l’entreprise a dû se saisir. En 2004, au moment même où Balen fixait l’orthodoxie chez les responsables éditoriaux, Barbara Plett, une journaliste expérimentée qui exerçait comme correspondante de la BBC à Jérusalem, participa à une émission "From Our Own Correspondent".

Plett, qui avait couvert le siège des bureaux de Yasser Arafat en Cisjordanie, témoignait sur le transfert en hélicoptère vers un hôpital d’Arafat qui était en fin de vie. Elle avait déclaré : « Quand l’hélicoptère transportant le vieil homme frêle s’est élevé au dessus de l’immeuble en ruines, je me suis mise à pleurer... »

Ses propos en avaient scandalisé certains, notamment parmi les israéliens et les Juifs qui se souvenaient d’Arafat comme d’un ennemi, indigne de sympathie. Les plaintes affluèrent, mais la BBC les rejeta – dans un premier temps. La pression s’accrut et près d’un an après l’émission, la commission des plaintes des gouverneurs de la BBC décidait que les paroles de Plett avaient outrepassé « les critères d’impartialité. »

Helen Boaden, directrice de l’information avait qualifié cet épisode « d’erreur éditoriale. » Mme Boaden est une des personnes qui a conseillé le PDG, Thompson, sur la décision relative à l’appel aux dons pour Gaza.

L’affaire Plett était intervenue juste après la plainte à la BBC du gouvernement israélien affirmant qu’Orla Guerin, sa correspondante au Moyen-Orient, était coupable « d’être à la limite de l’antisémitisme » dans un reportage sur un candidat à l’attentat suicide. Guérin irritait depuis longtemps les Israéliens. Cette correspondante Irlandaise s’était tournée vers le journalisme après avoir perdu une élection avec le parti travailliste à Dublin en 1994 et elle rejoignit la BBC après des débuts prometteurs à RTE, la radiotélévision irlandaise.

En 2002, Guerin avait affirmé avoir été visée par des soldats Israéliens qui, disait-elle, lui avaient délibérément tiré dessus pendant une manifestation à Bethléem. Un an plus tard, Israël boycottera la BBC en l’accusant de « profond parti pris » dans ses reportages. Puis, pendant la guerre au Liban en 2006, elle fut accusée de fausses informations pour avoir affirmé qu’une ville proche de la frontière israélienne avait été « anéantie » par les forces israélienne. « Je n’ai pas vu un seul bâtiment qui n’est pas endommagé d’une manière ou d’une autre, » avait-elle déclaré.

Mais Alex Thomson, qui rendait compte le même jour pour Channel 4 au sujet de la même ville, Bint Jbeil, présentait une approche différente. Il indiquait que les faubourgs de la ville « n’ont pratiquement pas été touchés par l’attaque israélienne. »

Si on est neutre, les différences entre les deux versions peuvent sembler mineures. Mais dans le contexte du conflit israélo-palestinien et des passions qu’il génère, une divergence mineure entraîne presque toujours l’accusation de parti pris en faveur d’une faction ou d’une autre.

Jeremy Bowen, le rédacteur en chef pour le Moyen-Orient de la BBC, est considéré comme un des joyaux de l’entreprise, un journaliste et présentateur de grand talent qui a traité des sujets dans 70 pays. Ses reportages sur l’incursion dans Gaza et les terribles pertes civiles ont été des modèles d’impartialité sans jamais perdre le sens de l’humanité qu’on lui connaît.

Pourtant, Bowen a lui aussi ressenti la pression des partisans d’Israël. En 2000, il avait couvert le retrait israélien du Liban. Comme d’habitude, il avait beaucoup d’avance sur ceux d’entre nous qui suivaient cette affaire et, le 23 mai, alors que les Israéliens évacuaient sous le couvert de blindés et de chasseurs-bombardiers, Bowen et son équipe s’étaient arrêtés pour filmer près de la frontière israélienne. Il était avec son chauffeur et mécanicien Abed Takkoush, un personnage très connu et très populaire chez les journalistes à Beyrouth. Abed travaillait pour la BBC depuis le début de la guerre civile libanaise en 1975 et Bowen et lui se connaissaient bien.

Près de la frontière, Bowen et son cameraman sortirent de la Mercedes d’Abed pour filmer. Quand ils furent à environ une cinquantaine de mètres de la voiture, un tank israélien fit feu sur le véhicule, le transformant en boule de feu. Abed parvint à s’en extraire par la fenêtre mais il décéda quelques minutes après.

Bowen a mené une longue et difficile campagne pour que justice soit rendue à cet homme et à sa famille. Il pense que les Israéliens avaient délibérément visé des civils, un crime de guerre selon les conventions internationales.

Les Israéliens ont dit que c’était une erreur tragique. A ce jour personne n’a été sanctionné pour ce fait. Sauf, peut-être, Bowen. Malgré sont perfectionnisme reconnu en matière d’objectivité, Andrew Balcombe, président de la Fédération Sioniste, avait écrit à la BBC en exigeant la nomination d’un nouveau rédacteur en chef pour le Moyen-Orient. Bowen ne pouvait pas être impartial, disait-il, parce que l’incident avec Abed Takkoush « pouvait avoir contaminé (ses) opinions au sujet d’Israël... »

On créditera le BBC d’avoir résisté aux pressions et Bowen est resté une de ses valeurs sûres de la rédaction Moyen-Orient. Mais à quelles pressions a-t-elle cédé ?

Leon Barkho, un universitaire Suédois, est sur le point de publier en Grande Bretagne un livre intitulé « La BBC et le Moyen Orient ». Ce livre est le fruit d’années de recherches sur la manière dont les grandes organisations médiatiques conduisent leurs politiques éditoriales. Barkho est convaincu que les informations de la BBC ont été orientées de sorte à éviter de déranger Israël.

« J’ai enquêté là-dessus et je suis convaincu que cette politique est dictée au sommet à cause de son énorme caractère sensible, » affirme-t-il. « La BBC traite du conflit Israël-Palestine comme elle ne le fait pour aucun autre sujet. Le message est : ne pas se mettre les Israéliens à dos. » Il veut prouver son point de vue par des révélations sur le module de formation interne de la BBC à l’intention des journalistes qui couvrent le Moyen-Orient. On instruit les journalistes de respecter une série de règles basées sur ce que Barkho appelle un « glossaire, » un ensemble de mots et de phrases que les journalistes doivent utiliser – ou éviter d’utiliser.

« Seulement 24 de ces mots ont été rendus publics, » dit-il. « Le reste est confidentiel. » Il indique avoir vu le glossaire dans son intégralité et affirme qu’il conforte sa perception de la politique de la BBC comme visant à ne pas provoquer Israël. « Les instructions données aux journalistes sont claires, » dit-il. « C’est : ne dites pas les choses telles qu’elles sont. Ce n’est pas une politique qui encourage l’impartialité, elle est biaisée dès le tout début. »

Les 24 mots et phrases des règles du reportage que la BBC a accepté de rendre publics semblent assez inoffensifs, mais même là, certains discernent un sentiment de paranoïa. Les journalistes sont instruits d’éviter d’utiliser « assassinat » mais plutôt « killing » [qui se traduit aussi par assassinat] et, s’agissant de Gaza, d’éviter le mot « occupation » au profit de « présence militaire permanente. »

Mark Thompson et ses collègues peuvent être soulagés par le fait que la présence des protestataires qui ont organisé un sit-in devant les locaux de la BBC la nuit passée était seulement provisoire et pourrait difficilement qualifiée « d’occupation ».

Pourtant, la suppression de ces mots ne fait rien pour dissiper le sentiment d’une entreprise en état de siège.

Par Keith Dovkants
Evening Standard (UK)
27 janvier 2009

traduit de l’anglais par Djazaïri http://mounadil.blogspot.com/

article original
http://www.thisislondon.co.uk/standard/article-23628970-details/The+secret+report+at+heart+of+BBC%E2%80%99s+Gaza+paranoia/article.do

Illustration : un visage est caché dans ce nuage. Saurez-vous le découvrir ?

Selon la propagande du gouvernement étasunien, des cellules terroristes sont répandues partout aux Etats-Unis, obligeant le gouvernement à espionner tous les citoyens et à violer la majorité des protections constitutionnelles. Parmi les derniers mots du Président Bush quand il a quitté ses fonctions, il y a l’avertissement que l’Amérique sera bientôt frappée de nouveau par le terrorisme Musulman.

Si les Etats-Unis étaient infestés de terroristes, le gouvernement n’aurait pas à nous le dire. Les faits nous le diraient. Comme il ne se passe rien, le gouvernement y va de ses avertissements pour entretenir les peurs qui font accepter au public les guerres sans fondement, les infractions aux libertés publiques, les cartes d’identité et autres tracas et harcèlements lors de déplacements en avion.

La preuve la plus évidente qu’il n’y a pas de cellules terroristes c’est que pas un seul néo-conservateur n’a été assassiné.

Je n’approuve pas les assassinats, et j’ai honte que le gouvernement de mon pays pratique l’assassinat politique. Les Etats-Unis et Israël montrent un très mauvais exemple à Al Qaïda.

Les Etats-Unis combattent Al Qaïda et les Talibans en assassinat leurs dirigeants, et Israël fait de même avec le Hamas. Il est raisonnable de penser qu’Al Qaïda pourrait agir pareil avec les instigateurs et les responsables des guerres étasuniennes au Moyen-Orient.

Aujourd’hui, tous les membres d’Al Qaïda connaissent la complicité des néo-conservateurs dans la mort et les dévastations infligées aux Musulmans en Irak, en Afghanistan, au Liban et à Gaza. De plus, les néocons sont très visibles et constituent des cibles faciles pour les chefs du Hamas et du Hezbollah. Les néocons sont connus dans les médias depuis des années et des listes de leurs noms, accessibles à tous, circulent en ligne.

Les néocons ne sont pas protégés par les Services Secrets. C’est terrible à envisager, mais ce serait un jeu d’enfant pour Al Qaïda de les assassiner tous un par un. Mais, les néocons se déplacent librement, bonne indication qu’il n’y a pas de problème terroriste aux USA.

Si, comme l’affirment toujours les néocons, les terroristes peuvent passer en contrebande des armes nucléaires et autres bombes sales aux USA pour semer des ravages sur nos villes, ils peuvent aussi obtenir des armes pour assassiner tout néocon ou ancien responsable du gouvernement.

Et pourtant, les néocons, étasuniens les plus haïs des Musulmans, sont saints et saufs.

La “guerre au terrorisme“ est un canular qui dissimule la prise de contrôle par les Etats-Unis des oléoducs, les profits du complexe militaro-sécuritaire, les attaques contre les libertés publiques par les adeptes de l’état policier, et l’expansion territoriale d’Israël.

Al Qaïda n’existait pas en Irak avant qu’il n’y soit importé par l’invasion étasunienne et le renversement de Saddam Hussein qui maintenait Al Qaïda hors d’Irak. Les Talibans ne sont pas une organisation terroriste mais un mouvement qui essaye d’unifier l’Afghanistan sous les lois de l’Islam. Les seuls étasuniens menacés par les Talibans sont ceux que Bush a envoyés en Afghanistan pour tuer des Talibans et imposer un état fantoche au peuple Afghan.

Le Hamas est le gouvernement démocratiquement élu de Palestine, ou du peu qu’il en reste après les annexions illégales par Israël. Le Hamas est une organisation terroriste de la même façon que les gouvernements Israélien et Etasunien le sont. Pour soumettre le Hamas à l’hégémonie israélienne, Israël utilise la terreur des bombardements et les assassinats contre les Palestiniens. Le Hamas réplique à la terreur d’Israël avec des roquettes artisanales et inefficaces.

Le Hezbollah représente les Chiites du Sud Liban, autre région du Moyen-Orient convoitée par Israël pour son expansion territoriale.

Les USA classent le Hamas et le Hezbollah dans les “organisations terroristes“ pour la seule raison qu’ils sont du côté d’Israël dans le conflit. Il n’y a pas de raison objective à ce que le Département d’Etat étasunien appelle le Hamas et le Hezbollah des organisations terroristes. C’est de la propagande pure et simple.

Les USA et Israël ne considèrent pas leurs bombardements de civils comme de la terreur. Ce qu’ils considèrent comme tel c’est la réponse des peuples opprimés et sans Etat parce que leurs pays sont gouvernés par des marionnettes à la solde des oppresseurs. Ces peuples, dépossédés de leurs propres pays, n’ont pas de Département d’Etat, pas de Département de la Défense, pas de sièges aux Nations Unies ou de porte-parole dans les médias dominants. Ils ne peuvent que se soumettre à l’hégémonie ou résister avec le peu de moyens dont ils disposent.

Le fait qu’Israël et les Etats-Unis poursuivent leur propagande sans fin pour empêcher cette vérité fondamentale d’éclater prouve que ce sont eux qui ont tort et que ce sont les Palestiniens, les Libanais, les Irakiens et les Afghans qui sont lésés.

Les généraux étasuniens à la retraite qui servent de propagandistes à Fox “News“ clament sans arrêt que l’Iran arme les résistants Irakiens ou Afghans et le Hamas. Mais où sont les armes ? Pour s’opposer aux chars “made in USA“, les résistants doivent fabriquer des engins explosifs artisanaux à partir d’obus récupérés. Après six ans de conflit, les insurgés n’ont toujours pas d’armes contre les hélicoptères de combat étasuniens. Comparez leur “armement“ avec celui que les Etats-Unis ont fourni aux Afghans, il y a une trentaine d’années lorsqu’ils combattaient contre les Soviétiques.

Les images de l’attaque meurtrière d’Israël sur Gaza montre de nombreux Gazaouis, tous sans armes, fuyant sous les bombes israéliennes ou dégageant des décombres des morts et des blessés. Tout le monde pourrait penser que chaque Palestinien est maintenant armé, chaque homme, chaque femme et chaque enfant. Cependant, tous les reportages sur l’attaque israélienne ont montré une population désarmée. Le Hamas doit fabriquer des roquettes artisanales qui sont tout juste des marques de défi. Si le Hamas était armé par l’Iran, l’attaque d’Israël sur Gaza lui aurait coûté des hélicoptères de combat, des chars et des centaines de morts parmi ses soldats.

Le Hamas est une petite organisation armée avec des fusils de petit calibre incapable de pénétrer un gilet pare-balles. Le Hamas est incapable d’empêcher les descentes de petites bandes de colons israéliens sur les villages de Cisjordanie, qui jettent dehors les Palestiniens et s’approprient leurs terres.

Le mystère est : pourquoi après 60 années d’oppression les Palestiniens sont-ils toujours un peuple sans armes ? Il est clair que les pays Musulmans sont complices d’Israël et des Etats-Unis en maintenant les Palestiniens désarmés.

L’affirmation indue que l’Iran fournit des armes sophistiquées aux Palestiniens est du même acabit que celle sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein. C’est une propagande pour la justification du massacre de civils arabes et de la destruction des infrastructures civiles pour conforter l’hégémonie des Etats-Unis et d’Israël au Moyen-Orient.

Paul CRAIG ROBERTS

Paul Craig Roberts est un économiste et journaliste américain. Au début des années 1980, il a été Sous-secrétaire au Trésor dans l’administration Reagan. Édouard Balladur lui a décerné la Légion d’honneur en mars 1987 pour son renouvellement de la science économique et politique après un demi-siècle d’interventionnisme. Il a enseigné l’économie politique au Center for Strategic and International Studies. Il a été rédacteur et chroniqueur de divers journaux, notamment The Wall Street Journal ou BusinessWeek.

Traduction Laurent EMOR pour le Grand Soir http://www.legrandsoir.info

Triste bilan pour le Proche-Orient en ce premier mois de l’année 2009. Jours et nuits, durant trois semaines, un déluge de feu s’est abattu sur le Camp concentrationnaire de Gaza, et le sang de ses habitants terrorisés est venu inonder un peu plus une parcelle de territoire qui en est déjà gorgé…

Les derniers jours de cette meurtrière agression, la gravité de la perversion qui anime la soldatesque israélienne et ses commanditaires aura été à son comble. Les cas de dérives se sont multipliés et attestent, s’il le fallait encore, du degré d’inhumanité qu’entretient tout esprit guerrier. Loin des cibles du Hamas comme se plaisent à l’ânonner les dirigeants israéliens et les hyènes qui leur tournent autour, tout ce qui bougeait et entrait dans le champ de vision des soldats, était pris pour cible. Selon le chef des services d’urgence à Gaza, sur les quelques 1330 victimes déclarées, plus des deux tiers se révèlent être des enfants, des femmes et des personnes âgées. Le nombre de blessés avoisine les 5300. Et des corps continuent à être découverts sous les ruines.

Bien qu’elle ait pris soin de renseigner les responsables militaires israéliens, l’UNRWA (l’agence de l’ONU en charge des réfugiés) a été visée à diverses reprises à travers ses écoles et ses bâtiments officiels servant d’abris aux familles dont l’habitation avait été détruite par les bombardements ; ses convois humanitaires, ses ambulances et son personnel médical ont été pris pour cibles ; quelques jours avant le cessez-le-feu, c’est carrément son quartier général et un précieux entrepôt de denrées alimentaires et de médicaments qui sont partis en fumée. Même la Croix Rouge dont on connaît l’habituelle retenue, a dénoncé le drame humanitaire sans précédent rencontré dans ce moignon de territoire, et expliqué les multiples obstacles posés par l’armée pour empêcher de secourir les blessés. Ainsi de ces quatre enfants retrouvés après plusieurs jours, gisant sur un matelas, hagards et affamés, incapables même de se lever seuls, accrochés aux corps de leurs mamans respectives, toutes, mortes…

Les plus hauts représentants du gouvernement israélien n’ont cessé de baver à la presse avec une indifférence proche de l’autisme qu’il n’y avait aucune crise humanitaire à Gaza, quand l’ONU déclarait que 750.000 personnes étaient sans eau et 1.000.000 privés d’électricité, après un blocus qui dure depuis près de deux ans. Le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU a adopté une Résolution à Genève qui « condamne vigoureusement l’opération israélienne » à Gaza se traduisant par des « violations massives du Droit humanitaire ». Même la trêve de trois heures par jour, acceptée sous la pression internationale après le début de cette déferlante n’a été respectée par l’armée israélienne qu’une poignée de jours, et du personnel médical international arrivé via la frontière égyptienne confirmait que les bombardements étaient incessants.

Le pire est probablement venu du témoignage accablant d’un enfant d’une dizaine d’années – corroboré par d’autres – allongé sur une civière et dont le visage blessé et contusionné balbutiait les conditions dans lesquelles un massacre (de plus !) s’était perpétré. Témoignage confirmé aussi par l’OCHA (l’office de l’ONU pour la coordination humanitaire). Le lundi 4 janvier à Zeitoun, l’armée israélienne a rassemblé en les battant 110 habitants d’un quartier (dont la moitié était des enfants) pour les enfermer dans une pièce, sans nourriture, sans eau et sans électricité. Le lendemain, ils les ont bombardés à plusieurs reprises. Trente d’entre eux sont morts. Les autres pour la plupart, sont blessés, parfois gravement au point de rester handicapés à vie. Le gouvernement coupable de tels crimes pourra toujours tenter d’expliquer à un tribunal international qu’il s’agissait-là de cibles du Hamas. Si nos valeurs ont encore un minimum de fondement, et si le mot justice représente encore un timide espoir pour l’humanité, les responsables de tels actes doivent être jugés et condamnés pour crimes contre l’humanité. Outre le fait de nous rappeler de sombres souvenirs, ces pratiques nous indiquent que les allégations du gouvernement israélien sont, comme toujours, fausses et mensongères quant aux objectifs poursuivis.

Israël a voulu démontrer la puissance des frappes chirurgicales de son armée exemplaire… Les images que nous en retiendrons nous auront surtout montré son désarroi face à une résistance dont elle n’arrive pas à bout. Et même si les plus hauts responsables israéliens se gargarisent du succès de l’opération PLOMB DURCI – ce qui n’est pas le cas puisque la résistance palestinienne peut toujours envoyer ses roquettes vers Israël – nul doute que cette opération ratée aura sérieusement et définitivement pris du PLOMB DANS L’AILE sur le terrain médiatique tant elle participe à l’écœurement et au dégoût de l’ensemble des peuples de la planète.

Nos plus hautes instances toujours très sûres d’elles-mêmes dans la distribution des bons et des mauvais points devraient peut-être méditer quelques chiffres pour prendre toute la mesure du massacre qui vient de se produire à Gaza, en le transposant simplement à l’échelle des USA : les 1330 victimes palestiniennes correspondraient à 265.000 Américains tués, et les 5300 blessés, à plus d’un million ! Autrement plus grave que le 11 septembre qui a remué la planète de fond en comble par ses lois anti-terroristes et ses pratiques liberticides, et a fait dire aux plus aliénés que nous étions « tous Américains » ! On aimerait entendre les mêmes dire aujourd’hui que nous sommes tous Palestiniens, et les voir agir de manière ferme et déterminée pour contraindre Israël à se conformer au Droit international par tous les moyens.

Si les dirigeants européens avaient le courage et l’honnêteté de regarder la réalité en face, l’évidence d’avoir un langage et un comportement clairs leur apparaîtrait d’emblée comme les meilleurs garants de la pérennité même de nos démocraties, et leur indiquerait d’arrêter toute compromission avec les criminels, quels qu’ils soient. C’est ce double langage de ceux-là mêmes qui martèlent tout faire pour éviter d’importer le conflit chez nous, qui y participe. Et autorise aujourd’hui les responsables israéliens à déclarer le plus naturellement du monde que la prochaine réaction de l’armée « sera disproportionnée » alors même que le décompte des victimes précédentes n’est pas encore achevé ! Encore et toujours, ce sont bien nos comportements politiques ambigus qui sont coresponsables du drame palestinien.

Daniel Vanhove
Observateur civil
Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes – 2004
La Démocratie Mensonge – 2008
Aux Ed. Marco Pietteur – Coll. Oser Dire

Gilad Atzmon est quelqu’un qui a une position unique, il est sans précédent dans son expression, et sans équivoque dans ses déclarations. Musicien de jazz né en Israël et militant antisioniste, il diffuse et proclame ses contemplations anti-israéliennes de manière explicite, à chaque fois qu’il en trouve l’occasion.

En tant que musicien (il joue des saxophones soprano, ténor et baryton, de la clarinette, de la zurna et de la flûte), Atzmon a remporté plusieurs prix internationaux, dont le BBC Jazz Award, en 2003, et il est considéré l’un des artistes les plus doués et créatifs dans sa catégorie.

En tant que militant antisioniste, bien qu’il soit d’origine israélienne, Gilad Atzmon dénonce sans relâche son appartenance à l’Etat juif, et il proclame qu’il n’a fait que naître là-bas, rien de plus, et qu’il ne ressent aucune sympathie, aucune compassion ni aucune nostalgie envers l’Etat occupant qu’est Israël.

Durant les dernières années, il a écrit un grand nombre d’articles et prononcé moult conférences. Il se produit de manière régulière sur scène afin de condamner l’agressivité historique d’Israël, qui se déchaîne dans les territoires occupés de Palestine, et actuellement, il déploie un lobbying dynamique en se rendant dans de nombreux pays afin d’augmenter la connaissance des opinions publiques au sujet du massacre de Gaza et de la boucherie dont ont été victimes des civils innocents, principalement des enfants et des femmes, dans la bande de Gaza.

Durant son tout récent déplacement en Grèce, il a répondu à de nombreuses interviews et il est apparu dans plusieurs émissions de télévisions (il a été également interviewé à la radio), au cours desquels il a exprimé sa condamnation sans appel du génocide israélien à Gaza. Il pense que le peuple grec est - ce qui est heureux - plus au courant, mieux informé, et que c’est la raison pour laquelle les Grecs ont déployés de grands efforts pour faire connaître leur sympathie et leur solidarité à la population de la bande de Gaza.

Vous pourrez lire ci-après le texte complet d’une interview exclusive de Gilad Atzmon, dans laquelle sont abordés tout un ensemble de questions relatives au massacre en cours à Gaza, aux crimes israéliens contre l’humanité et à la nécessité que les responsables israéliens soient jugés par un tribunal international impartial.

Kourosh Ziabari [KZ] : Pour commencer, je voudrais connaître votre opinion sur le conflit en cours à Gaza, que d’aucuns ont qualifié de « bataille la plus catastrophique » de la dernière décennie. Que pensez-vous du massacre de civils, enfants, femmes et bébés, à Gaza ?

Gilad Atzmon [GA] : Ce à quoi nous assistons, à Gaza, c’est au déni de l’holocauste en live. L’Etat juif perpètre la barbarie à l’état pur, et pourtant, le monde reste silencieux. Une fois encore, nous sommes confrontés à la vérification du fait qu’avoir donné un mandat en vue de l’obtention d’un foyer national au peuple juif s’est avéré une erreur très grave, et même mortelle. La seule question, aujourd’hui, c’est de savoir de quelle manière démanteler cette créature belliqueuse monstrueuse, sans transformer notre planète en une boule de feu.

[KZ] : Vous critiquez l’Etat israélien impitoyablement ; néanmoins, vous aurez sans doute remarqué que les médias et les porte-parole israéliens collent sans autre forme de procès l’étiquette « traître » à tous les citoyens israéliens - journalistes, professeurs ou orateurs - qui condamnent l’Etat juif en raison de ses massacres et de ses agressions militaires. Comment résolvez-vous cette problématique ?

[GA] : Tout d’abord, permettez-moi de vous dire que ça n’est pas si terrible que cela, d’être un « traître », dans un pays assassin... Toutefois, je ne me considère pas Israélien. Je suis né là-bas, en Israël, mais cela fait des années que je n’y vis plus, et que je n’y ai même pas remis les pieds. Ayant réalisé que je résidais dans un pays volé, en tant qu’oppresseur, j’ai emballé mes saxos et je me suis tiré. Dans une certaine mesure, je peux être considéré comme « un juif fier de se haïr lui-même ». Je suis mort de honte de moi-même et de ceux qui ont été mes concitoyens. De cette honte, j’en parle ; j’écris des articles à son sujet, et je compose de la musique en essayant de la surmonter.

[KZ] : Les responsables israéliens prétendent qu’ils ne visent qu’à exercer des représailles en attaquant les bases du Hamas, et qu’ils ne tuent que des individus appartenant à une armée. D’un autre côté, ils interdisent l’entrée des journalistes et des correspondants des médias dans la bande de Gaza occupée, et ils les empêchent de diffuser la réalité. Comment peuvent-ils justifier une telle contradiction ? Pourquoi ne laissent-ils pas entrer les journalistes à Gaza, s’ils sont sincères dans leurs allégations ?

[GA] : Je ne pense pas que les Israéliens en aient quoi que ce soit à cirer, des contradictions ou dans l’illogisme. Les Israéliens se foutent totalement de leur image ; il faut le savoir.

Je vais essayer de développer. Israël est désormais le plus grand ghetto juif qui ait jamais existé. Un ghetto juif, c’est, fondamentalement, un endroit où les juifs puissent donner libre cours à leurs symptômes, collectivement, strictement entre eux, sans avoir à surveiller ce qu’ils disent, pensent ou ressentent. Israël s’est d’ores et déjà entouré de murailles gigantesques, simplement afin de donner au mot ségrégation un sens bien concret. Et pourtant, le ghetto juif israélien est très différent du ghetto est-européen. Alors que, dans le ghetto européen, les juifs étaient intimidés par la réalité qui les entourait, dans le ghetto israélien, ce sont les juifs qui intimident les autres, les non-juifs. Ils veillent à ce que le Moyen-Orient, tout le Moyen-Orient, soit maintenu dans un état d’anxiété constante.

La mentalité du ghetto est un outil analytique très utile. Cet outil nous aide, par exemple, à comprendre pourquoi le Premier ministre Olmert s’est permis de se vanter publiquement d’avoir humilié le président Bush et sa secrétaire d’Etat Condoleezza Rice. Dans le ghetto, les juifs se sentent en sécurité ; ils peuvent dire tout ce qui leur passe par la tête, tout en étant parfaitement assurés que strictement rien ne filtrera en direction des goyim. Dans le ghetto, il n’y a qu’une seule logique qui prévale : la logique juive.

Toutefois, dans les années 1950, le Premier ministre Ben Gourion adopta le cadre du ghetto juif dans un mantra politique israélien qu’il formula éloquemment comme suit : « Peu importe ce que les goyim disent, la seule chose qui ait une quelconque importance, c’est ce que les juifs font ! » Apparmment, le mantra du ghetto juif à la sauce Ben Gourion a réussi à couper les Israéliens du reste de l’humanité. Mais c’est encore plus grave que cela, comme nous le voyons aujourd’hui à Gaza, et comme nous l’avons vu dans tous les conflits déclenchés par Israël : ce mantra du ghetto juif détache le paradigme hébraïque de toute notion d’éthique humaine.

C’est cette philosophie même qui trouve aisément sa traduction dans le pragmatisme militaire mortel d’Israël. « Manifestement, ce que l’Onu ou les médias du monde entier peuvent bien penser n’a pas réellement d’importance ; seul importe ce que « Tsahal » fait ».

Bon. Maintenant, je vais essayer de traiter de la question du journaliste étranger. Les chefs militaires israéliens savaient très à l’avance que Gaza allait devenir un bain de sang pour les civils palestiniens. Manifestement, ils savaient d’avance les armes qu’ils allaient utiliser. La dernière chose dont ils aient eu besoin, c’étaient des journalistes étrangers informant leurs rédactions respectives d’un massacre en cours à Gaza. Les médias mondiaux et le « droit de savoir » n’intéressent nullement Israël. Dans l’Etat du ghetto juif, une seule chose importe : ce que fait « Tsahal »...

Les Israéliens voulaient terminer leur (« Tsahal ») boulot avant tout : tuer un maximum de Palestiniens, détruire Gaza et en démanteler l’infrastructure, histoire de recouvrer leur pouvoir de dissuasion, qu’ils avaient perdu depuis bien des années. Tout simplement, ils ne voulaient pas avoir des journalistes écrivant depuis Gaza dans les pattes...

[KZ] : Etant donné cette situation tellement complexe, quelle est la principale raison, à vos yeux, pour laquelle Israël a toujours bloqué les bateaux chargés d’aide humanitaire qui avaient mis le cap sur Gaza ? Y a-t-il un quelconque danger à laisser entrer de la nourriture, des médicaments et des premiers secours destinés à une multitude de civils n’ayant pas le moindre accès au monde extérieur ?

[GA] : La réponse est presque étymologique : parler d’ « action humanitaire », cela présuppose avoir une familiarité profonde avec la notion d’humanisme. Les Israéliens n’ayant strictement aucun (zéro) engagement vis-à-vis de l’éthique ou de l’humanisme universel, nous ne saurions attendre d’eux qu’ils s’adonnent à une quelconque action humanitaire, ni qu’ils se vouent à une quelconque cause humaniste. Ces derniers jours, Israël a bombardé des hôpitaux, des écoles, des centres d’aide aux réfugiés et des centres de distribution de ravitaillement de l’Onu. Il nous faut bien l’admettre : l’Etat juif est une entité outrancièrement criminelle qui n’a pas son pendant. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas nous attendre à ce qu’ils entendent une quelconque exhortation à l’humanité. Non, ce à quoi nous devons nous attendre, c’est à voir Israël se comporter en tant que ce qu’il est, c’est-à-dire l’incarnation du mal absolu. Et malheureusement, force m’est bien de reconnaître qu’ils ne nous décevront jamais, sur ce point.

[KZ] : L’utilisation de phosphore blanc dans les bombes que l’armée israélienne balance sur la tête des civils, chez eux, à Gaza, semble une violation manifeste des règles internationales, notamment de la Convention de Genève. Y a-t-il un moyen de sanctionner ces crimes de guerre ?

[GA] : Je ne suis pas juriste, aussi je ne peux pas vous répondre de manière adéquate à cette question. Toutefois, il est très intéressant de noter qu’en dépit d’une très large condamnation, dans le monde entier, d’Israël, pour son utilisation de bombes au phosphore blanc, l’armée israélienne n’a jamais cessé d’en employer, et ce n’est pas la première fois qu’elle utilise des armes non-conventionnelles contre des civils, suscitant l’outrage de la communauté internationale. Chaque jour, nous voyons ces bombes (au phosphore) mortelles explosant au-dessus de cibles civiles. Une fois encore, nous constatons que tout ce que les goyim peuvent rien dire n’a strictement aucune importance : seul compte ce que les juifs font. Et que font-ils : ils assassinent des civils palestiniens... J’ajouterai que les Israéliens ne cessent de se lamenter au sujet de « potentielles » armes de destruction massive que d’autres pays pourraient détenir, et cela semble parfaitement pathétique, dès lors qu’ils possèdent eux-mêmes un arsenal obscène de têtes nucléaires. Etant donné qu’ils se foutent totalement de la légalité internationale, pourquoi voudriez-vous qu’ils aient quoi que ce soit à cirer de l’opinion publique mondiale ?

[KZ] : Provisoirement, même si la guerre s’arrêtait dès aujourd’hui et même si Israël se retirait des territoires occupés, le bilan du conflit est de plus de mille trois-cents tués et plus de 70 % de l’infrastructure de la bande de Gaza, dont les habitations et les bâtiments publics, ont été détruits. Comment pourrait-on administrer une réelle justice à Israël, et lui faire payer ses crimes contre l’humanité ?

[GA] : Encore une fois, je ne suis pas un expert juridique. Ce n’est pas que je veuille me défiler. Toutefois, ma spécialité, c’est l’identité juive et l’identité israélienne. Ce qui m’intéresse, c’est la métaphysique de l’inclination génocidaire des Israéliens. Je suis en train de réfléchir à cette Identité qui est capable d’infliger une telle douleur et un tel carnage à des civils innocents. Ce qui m’interpelle, c’est cette banalité du mal que démontre le summum de la barbarie d’Israël, et le soutien juif institutionnel à ce mal, dans le monde entier. Je pense qu’une fois que nous aurons commencé à prendre conscience de la nature de l’ennemi que nous devons abattre, nous pourrions mieux savoir de quelle manière le combattre. Pour être franc, les tribunaux internationaux, je n’y crois pas. Une prise de conscience générale, très largement reconnue, que l’Etat juif n’est rien d’autre qu’une barbarie à l’état pur me semble beaucoup plus efficace.

[KZ] : Une dernière question : quel est le message, qu’en tant qu’artiste israélien, vous adressez au peuple palestinien ; à ces mères qui ont perdu leurs enfants, ou à ces enfants traumatisés qui subissent le choc d’avoir perdu leurs parents ?

[GA] : Mes très chers frères et sœurs. Cela brise le cœur de voir la mort et le carnage que vous inflige l’Etat juif. Nous voyons tous ce que vous subissez, et nous savons tous que la justice est de votre côté. Je vous supplie de ne pas perdre l’espoir. Le mal connaît toujours une fin, et le mal israélien n’échappera pas à cette règle. Israël finira. Mais nous devons faire quelque chose, nous devons agir, pour que cette fin se produise.

Toutefois, il y a au moins une chose qui est parfaitement claire. L’Occident soi-disant « libéral » a été incapable de vous sauvez, hélas, trois fois hélas ; les pays arabes, encore une fois, ont été incapables de se joindre à votre combat. Aussi triste que cela soit, autant la justice est de votre côté, autant vous êtes seuls, encore une fois, à être confronté avec le mal absolu.

Israël a une quantité énorme de bombes, dans son arsenal. Mais vous, mes frères et mes sœurs palestiniens, vous avez ces choses qu’eux, ils n’ont pas : la justice est de votre côté, l’humanité est dans vos rues, vous avez le moral, et vous avez l’arme suprême, à savoir l’arme démographique.

Le pays, c’est la terre de Palestine ; Israël n’est qu’un Etat.

Les Etats viennent, et puis ils disparaissent. La terre, elle, est éternelle.

Vive la Palestine !


20 janvier 2009 - Palestine Think Tank - Vous pouvez consulter cet article à :
http://palestinethinktank.com/2009/...
Traduction de l’anglais : Marcel Charbonnier

par Naomi KLEIN

Il est temps. Plus que temps. La meilleure stratégie pour faire cesser l’occupation de plus en plus sanglante de la Palestine est qu’Israël devienne la cible d’un mouvement international de boycottage similaire à celui qui a permis de mettre fin à l’apartheid, en Afrique du Sud.

En juillet 2005, une vaste coalition de groupes palestiniens a jeté les bases d’un tel mouvement. Elle a appelé « toutes les personnes de conscience, partout dans le monde, à prendre des initiatives de désinvestissement à l’encontre d’Israël semblables à celles appliquées à l’Afrique du Sud pendant l’apartheid ». La campagne Boycottage, Désinvestissement, Sanctions (BDS) était née.

Le bombardement de Gaza suscite de nouveaux appuis à cette campagne planétaire de boycottage, y compris parmi les Juifs israéliens. Au début de l’agression, environ 500 Israéliens, dont de nombreux artistes et universitaires de renom, ont adressé une lettre aux ambassadeurs étrangers en poste en Israël. Cette lettre, qui établit un parallèle avec la lutte antiapartheid, réclame « l’adoption immédiate de sanctions et de mesures restrictives ». Pour les signataires, « le boycottage de l’Afrique du Sud a été efficace, mais on prend des gants blancs avec Israël. Le soutien international doit cesser ».

Malgré cet appel, plusieurs d’entre nous n’y adhèrent toutefois pas encore. Les raisons sont complexes, émotives et bien compréhensibles. Mais elles ne sont tout simplement pas justifiées, car les sanctions économiques est l’instrument le plus efficace dans l’arsenal non violent. Y renoncer est en quelque sorte se rendre complice des massacres commis par Israël. Voici les quatre principales objections à la stratégie Boycottage, Désinvestissement et Sanctions.

1. Des mesures punitives vont aliéner les Israéliens plutôt que les persuader La communauté internationale a essayé ce que l’on appelle « l’engagement constructif ». Ceci a lamentablement échoué. Depuis 2006, Israël ne cesse d’intensifier ses actions criminelles : expansion des colonies, déclenchement d’une guerre contre le Liban et punition collective des Palestiniens de la bande de Gaza par un blocus agressif. Malgré cette escalade, Israël n’a fait l’objet d’aucune mesure de rétorsion, au contraire. Les États-Unis envoient des armes et trois milliards de dollars d’aide à Israël chaque année. Durant ces trois dernières années, ce pays a bénéficié d’une amélioration de ses relations diplomatiques, culturelles et commerciales avec d’autres pays alliés. Par exemple, Israël est devenu en 2007 le premier pays non latino-américain à signer un accord de libre-échange avec le Mercosur. Au cours des neuf premiers mois de 2008, les exportations israéliennes vers le Canada ont augmenté de 45 %. Un nouvel accord commercial avec l’Union européenne vise à doubler les exportations de produits alimentaires israéliens transformés. Et en décembre, les ministres européens ont bonifié l’accord de partenariat entre l’Union européenne et Israël, une faveur attendue depuis longtemps par Jérusalem.

C’est dans ce contexte que les dirigeants israéliens ont lancé leur guerre contre Gaza : ils savent que cela ne leur coûtera pas grand-chose en termes d’échanges commerciaux ou diplomatiques. Il est significatif que l’indice de la Bourse de Tel-Aviv ait augmenté de plus de 10 % après la première semaine de guerre. Lorsque la méthode de la carotte ne fonctionne pas, le bâton est nécessaire.

2. Israël n’est pas l’Afrique du Sud

Bien entendu ! La pertinence d’un boycottage de type sud-africain réside dans le fait que la tactique du BDS peut être efficace lorsque des mesures plus faibles (manifestations, pétitions, lobbying) ont échoué. Les traits affligeants de l’apartheid se retrouvent dans les territoires palestiniens occupés : les cartes d’identité différenciées, les permis de déplacement, les maisons rasées au bulldozer, les déportations de populations, les routes réservées uniquement aux colons israéliens. Ronnie Kasrils, un haut responsable politique sud-africain, révèle que l’architecture de la ségrégation en Palestine (Gaza et Cisjordanie) est « infiniment pire que l’apartheid ». Ce constat a été fait en 2007, avant qu’Israël commence sa pression tous azimuts contre la prison à ciel ouvert qu’est devenue Gaza.

3. Pourquoi accuser Israël alors que les États-Unis et les pays occidentaux font la même chose en Irak et en Afghanistan ?

Le boycottage n’est pas un dogme, c’est une tactique. La raison pour laquelle la stratégie BDS doit être essayée est pratique  : dans un pays aussi petit et qui dépend autant du commerce, elle peut être efficace.

4. Le boycottage rompt la communication alors que nous avons besoin de dialoguer davantage

Je répondrai à cette objection par une histoire personnelle. Pendant huit ans, mes livres ont été publiés en Israël par une maison d’édition qui s’appelle Babel. Mais lorsque j’ai publié La stratégie du choc, j’ai voulu respecter le boycottage. Sur les conseils de militants du BDS, j’ai contacté un petit éditeur nommé Andalus, très impliqué dans le mouvement contre l’occupation israélienne et aussi le seul à publier en hébreu des livres de langue arabe. Nous avons conclu un contrat garantissant que tous les bénéfices du livre reviendront à Andalus, pas à moi. Je boycotte l’économie israélienne, pas les Israéliens. Mettre en place ce modeste plan a nécessité de nombreux appels téléphoniques et courriels entre Tel-Aviv, Ramallah, Paris, Toronto et la ville de Gaza.

Mon expérience est la suivante : si vous commencez une stratégie de boycottage, le dialogue s’accroît de façon considérable. L’argument selon lequel le boycottage nous couperait les uns des autres est illogique étant donné l’éventail de moyens de communication modernes dont nous disposons. Nous croulons sous les moyens de nous parler sans égard aux frontières nationales. Le boycottage n’interrompt pas la communication, au contraire.

Actuellement, plusieurs fiers sionistes sont prêts à répliquer qu’Israël produit plusieurs joujoux de haute technologie dans ses parcs de recherche, parmi les meilleurs au monde. C’est vrai, mais ils ne sont pas les seuls. Quelques jours après l’attaque de Gaza par Israël, Richard Ramsey, directeur d’une entreprise britannique de télécommunication spécialisée dans les services vocaux sur Internet, a envoyé un courriel à la firme technologique israélienne MobileMax : « En raison des actions du gouvernement israélien de ces derniers jours, nous ne sommes plus en mesure de travailler avec vous ou avec toute autre compagnie israélienne. »

Monsieur Ramsey a déclaré que sa décision n’était pas politique. « Nous ne pouvons pas perdre des clients, explique-t-il. C’est purement défensif sur le plan commercial. » C’est ce genre de calcul qui a conduit de nombreuses entreprises à se retirer de l’Afrique du Sud il y a vingt ans. Et c’est précisément ce calcul qui constitue l’espoir le plus réel de rendre enfin justice à la Palestine.

Article paru en anglais dans The Nation www.thenation.com, puis sur www.naomiklein.org

AUTEUR: Gilad ATZMON ÌíáÇÏ ÃÊÒãæä

Traduit par Djazaïri, révisé par Fausto Giudice


Discuter avec des Israéliens a de quoi laisser pantois. Même en ce moment, alors que l'aviation israélienne assassine au grand jour des centaines des civils, des personnes âgées, des femmes et des enfants, le peuple israélien parvient à se convaincre qu'il est la véritable victime de cette saga violente.

Ceux qui sont intimement familiers du peuple israélien réalisent que ce dernier n'est absolument pas informé des racines du conflit qui domine son existence. Assez souvent, les Israéliens en viennent à des arguments d'un genre bizarre qui ont tout leur sens dans le discours israélien, mais sont dénués de toute signification hors la rue juive. Un de ces arguments est le suivant : 'ces Palestiniens, pourquoi insistent-ils pour vivre sur notre terre (Israël), pourquoi ne s'installent-ils pas tout simplement en Égypte, en Syrie, au Liban ou dans n'importe quel autre pays arabe ?' Une autre perle de sagesse hébraïque est du genre : qu'est-ce-qui ne va pas avec les Palestiniens ? Nous leurs avons apporté l'eau, l'électricité, l'éducation et tout ce qu'ils trouvent à faire c'est d'essayer de nous jeter à la mer. '

De manière assez étonnante, les Israéliens même ceux de la soi-disant 'gauche' et même ceux de la 'gauche' intellectuelle sont incapables de comprendre qui sont les Palestiniens, d'où ils viennent et le pourquoi de leur résistance. Ils n'arrivent pas à comprendre qu'Israël a été créé aux dépens du peuple palestinien, de la terre palestinienne, des villages, des villes, des champs et des vergers palestiniens. Les Israéliens ne réalisent pas que les Palestiniens de Gaza et des camps de réfugiés de la région sont en réalité les populations dépossédées de Ber Shive, Jaffa, Tel Kabir, Sheikh Munis, Lod, Haïfa, Jérusalem et de bien d'autres villes et villages. Si vous vous demandez comment il se fait que les Israéliens ignorent leur histoire, la réponse est très simple, on ne la leur a jamais racontée. Les circonstances qui ont conduit au conflit israélo-palestinien sont bien cachées à l'intérieur de leur culture. Dans le paysage, les traces de la civilisation palestinienne d'avant 1948 ont été effacées. Non seulement la Nakba, le nettoyage ethnique en 1948 des indigènes palestiniens, ne fait pas partie des programmes scolaires israéliens, elle n'est pas même mentionnée ni discutée par aucun forum officiel ou universitaire israélien.


Monument à la Davidka au Musée Givati

Dans le centre de presque chaque ville israélienne on peut trouver une statue commémorative en forme bizarre, presque abstraite, de tuyauterie. Cette tuyauterie est appelée Davidka et est en réalité un canon de mortier israélien de 1948. Il est intéressant de savoir que le Davidka était une arme particulièrement inefficace. Ses obus n'avaient pas une portée supérieure à 300 mètres et causaient peu de dégâts. Mais si le Davidka causait un minimum de dommages, il était par contre très bruyant. Selon l'histoire israélienne officielle, les Arabes, c.à.d. les Palestiniens, s'enfuyaient tout simplement pour sauver leurs vies dès qu'ils entendaient le Davidka au loin. Selon le discours israélien, les Juifs, c.à.d. les Israéliens 'récents ' faisaient quelques feux d'artifices et les 'Arabes poltrons' couraient tout simplement comme des idiots. Dans la version israélienne officielle, on ne trouve aucune mention des nombreux massacres planifiés et perpétrés par la jeune armée israélienne et les unités paramilitaires qui l'ont précédée. Il n'y a aucune mention non plus des lois racistes qui interdisent aux Palestiniens de revenir sur leurs terres et dans leurs maisons.

La signification de ce qui précède est assez simple. Les Israéliens ne sont absolument pas familiers avec la cause palestinienne. Dès lors, ils ne peuvent interpréter la lutte palestinienne que comme une lubie meurtrière irrationnelle. A l'intérieur de l'univers israélien avec son caractère judéo-centré et de seule réalité existante, l'israélien est une innocente victime et le Palestinien rien moins qu'un meurtrier barbare.

Cette grave situation qui laisse l'Israélien dans l'ignorance totale de son passé mine toute possibilité de réconciliation future. Dès lors que l'Israélien n'a pas un minimum de compréhension du conflit, il est incapable d'envisager la possibilité d'une solution qui ne serait pas l'extermination ou le nettoyage de 'l'ennemi.' Tout ce que l'israélien a la possibilité de savoir sont des variations du récit de la souffrance juive. La souffrance des Palestiniens lui est complètement étrangère. 'Le droit au retour des Palestiniens' lui semble une idée farfelue. Même les 'humanistes israéliens' les plus en pointe ne sont pas prêts à partager le territoire avec ses habitants indigènes. Ce qui ne laisse guère d'autre possibilité aux Palestiniens que de se libérer eux-mêmes. A l'évidence, il n'y a pas de partenaire pour la paix du côté israélien.

Cette semaine, nous en avons appris un peu plus sur l'arsenal balistique du Hamas. Il est évident que le Hamas a fait preuve d'une certaine retenue avec Israël depuis trop longtemps. Le Hamas s'est retenu d'étendre le conflit à l'ensemble du sud d'Israël. Il m'est venu à l'esprit que les volées de roquettes qui se sont abattues sporadiquement sur Sderot et Ashkelon n'étaient en réalité rien d'autre qu'un message des Palestiniens emprisonnés. C'était d'abord un message à la terre, aux champs et aux vergers volés : 'Notre terre adorée, nous ne t'avons pas oubliée, nous combattons encore pour toi, au plus vite nous reviendrons, nous reprendrons là où nous avons été arrêtés'. Mais c'était aussi un message clair aux Israéliens. 'Vous là-bas, à Sderot, à Beer Sheva, Ashkelon, Tel Aviv et Haïfa, que vous le sachiez ou pas, vous vivez en réalité sur la terre qui nous a été volée.’

Voyons les choses en face, en réalité la situation en Israël est assez grave. Il y a deux ans, c'était le Hezbollah qui bombardait à la roquette le nord d'Israël. Cette semaine, le Hamas a prouvé sans doute possible sa capacité à distribuer au sud d'Israël quelques cocktails de missiles vengeurs. Dans le cas du Hezbollah comme dans celui du Hamas, Israël n'a pas trouvé de réponse militaire. Il peut certes tuer des civils mais ne parvient pas à enrayer les tirs de roquettes. L'armée israélienne n'a pas les moyens de protéger Israël sauf si recouvrir Israël d'une toiture en béton peut être vu comme une solution viable. Au bout du compte, c'est peut-être ce que les responsables israéliens essaieront de faire.

Mais nous ne sommes pas à la fin de l'histoire. En fait ce n'est que le début. Tous les experts du Moyen-Orient savent que le Hamas peut prendre le contrôle de la Cisjordanie en quelques heures. En fait, le contrôle de l'Autorité Palestinienne et du Fatah sur la Cisjordanie est maintenu par l'armée israélienne. Dès que le Hamas se sera emparé de la Cisjordanie, les plus grands centres urbains israéliens seront à sa merci. Pour ceux qui ne parviennent pas à le voir, ce serait la fin de l'Israël juif. ça peut arriver dès ce soir, dans trois mois ou dans cinq ans, la question n'est pas de savoir 'si ça se produira', mais 'quand.' A ce moment là, l'ensemble d'Israël sera à portée de tir du Hamas et du Hezbollah et la société israélienne s'effondrera, son économie sera ruinée. Le prix d'une maison individuelle de Tel Aviv nord équivaudra à celui d'un cabanon à Kiryat Shmone ou à Sderot. Au moment où une seule roquette touchera Tel Aviv, c'en sera terminé du rêve sioniste.

Les généraux israéliens le savent, les dirigeants Israéliens le savent. C'est pourquoi ils intensifient la guerre d'extermination contre les Palestiniens. Les Israéliens n'envisagent pas d'occuper Gaza. Ils n'ont rien perdu là-bas. Tout ce qu'ils veulent c'est terminer la Nakba. Ils larguent des bombes sur les Palestiniens dans le but de les anéantir. Ils veulent les Palestiniens hors de la région. Il est évident que ça ne marchera pas et que les Palestiniens resteront. Non seulement ils resteront, mais le jour de leur retour chez eux ne fait que se rapprocher vu qu'Israël a épuisé ses tactiques les plus meurtrières.

C'est précisément à ce moment que le déni israélien de la réalité entre en jeu. Israël a dépassé le 'point de non retour'. Son destin funeste est gravé au creux de chaque bombe qu'il largue sur les civils Palestiniens. Il n'y a rien qu'Israël puisse faire pour se sauver lui-même. Il n'y a pas de stratégie de sortie. Il ne peut pas négocier une issue à ce conflit car ni les Israéliens ni leurs dirigeants n'en comprennent les paramètres fondamentaux. Israël n'a pas les moyens militaires d'achever cette bataille. Il peut réussir à tuer les leaders de la base palestinienne comme il le fait depuis des années, pourtant la résistance et l'opiniâtreté des Palestiniens ne font que se renforcer au lieu de faiblir. Ainsi que l'avait prédit un général des services de renseignements israéliens pendant la première Intifada, 'pour vaincre, tout ce que les Palestiniens ont à faire est de survivre. » Ils survivent et ils sont en fait en train de vaincre.

Les dirigeants Israéliens comprennent tout ça. Israël a déjà tout essayé, retrait unilatéral, famine et maintenant extermination. Ils ont cru se débarrasser du problème démographique en se recroquevillant dans un ghetto juif intime et douillet. Rien n'a marché. C'est la ténacité palestinienne incarnée par la politique du Hamas qui définit l'avenir de la région.

Tout ce qui reste aux Israéliens c'est de s'accrocher à leurs oeillères et à leur déni de la réalité pour fuir leur le triste destin qui leur est déjà fixé. Tout au long de leur déchéance, les Israéliens entonneront les divers chants de victimisation dont ils sont coutumiers. Imprégnés d'une réalité faite de suprématie égocentrée, ils seront hypersensibles à leurs propres souffrances tout en restant aveugles à celles qu'ils infligent aux autres. De façon assez singulière, les Israéliens se comportent comme un collectif uni quand ils bombardent les autres mais, s'ils sont légèrement blessés, ils deviennent des monades de vulnérabilité innocente. C'est cet écart entre la façon dont les Israéliens se voient et celle dont les autres les voient qui transforme les Israéliens en monstrueux exterminateurs. C'est cet écart qui les empêche de comprendre les tentatives nombreuses et répétées de détruire leur État. C'est cet écart qui empêche les Israéliens de comprendre la signification de la Shoah et d'être capable d'éviter la prochaine. C'est cet écart qui empêche les Israéliens de faire partie de l'humanité.

Une fois encore, les Juifs devront errer vers une destinée inconnue. D'une certaine manière, j'ai personnellement commencé mon voyage depuis un moment.


Source : Living on Borrowed Time in a Stolen Land

Article original publié le 3/1/2009

Sur l’auteur

Djazaïri est rédacteur du blog Mounadil al Djazaïri et ami de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique, dont Fausto Giudice est membre. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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