AUTEUR: José GOULÃO

Traduit par Pedro Da Nóbrega, révisé par Fausto Giudice


Les plus hauts dirigeants des pays qui se considèrent comme des flambeaux de la «civilisation» multiplient les appels à la «retenue» et au «cessez-le-feu» à Gaza, comme s’ils voulaient donner l’impression de remplir leurs obligations face à l’«aggravation de la crise» au Moyen-Orient. L’hypocrisie de ces présidents, ministres, diplomates ou porte-parole apparaît hélas coutumière, mais elle parvient néanmoins à être encore choquante au regard de la tragédie que subissent plus d’un million et demi de personnes entassées dans un petit territoire inhospitalier enclavé entre Israël, l’Egypte et la mer Méditerranée.

Ce type d’appels se fonde sur une pseudo-objectivité prétendant maintenir une distance équilibrée entre les «parties en conflit», en exigeant de la sorte une symétrie rigoureuse dans les comportements comme s’il s’agissait d’une guerre conventionnelle mettant aux prises des armées classiques. Symétrie, donc, entre des civils sans défense et des forces armées considérées comme la 4ème plus puissante armée du monde ; entre occupés et occupants ; entre des mortiers plus ou moins artisanaux et la puissance de feu des F-16 et des tanks du tout dernier modèle ; entre des communautés affamées subissant depuis des années un féroce blocus sur des produits de première nécessité et une nation structurée appuyée sans limites par le pays le plus puissant de la planète ; entre les victimes ainsi que leurs descendants d’une purification ethnique et ceux qui en sont les auteurs.

Le Hamas a rompu la trêve et doit en payer le prix, devant en premier lieu se soumettre au retour du cessez-le-feu, quelles qu’aient été les actions de l’ennemi, assènent péremptoires les diplomates civilisés. Une trêve qui n’a jamais vraiment existé, dans la mesure où l’Etat d’Israël en a violé dès le départ un des termes essentiels : la fin du blocus humanitaire de Gaza. Lors de ces six derniers mois, non seulement le siège s’est maintenu mais il s’est même renforcé.

Le Hamas, en tant que mouvement terroriste, doit payer nous répètent ces messieurs civilisés, disposant du pouvoir qui leur permet de déterminer qui est terroriste et qui ne l’est pas, comme ils ont disposé de celui de déclencher une guerre contre des détenteurs d’armes de destruction massive qui n’ont jamais existé.

Le Hamas n’était cependant que fort peu représentatif lors du déclenchement de la première Intifada palestinienne en fin 1988. Le rôle joué par les services secrets d’Israël dans l’affirmation concrète d’un mouvement islamique, le Hamas, afin de diviser la résistance nationale palestinienne conduite par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) n’est à l’heure actuelle même plus un secret de Polichinelle. Ceux qui souhaiteraient approfondir le sujet peuvent se référer à l’ouvrage de Robert Dreyfuss et prendre ainsi connaissance de cet épisode. Ils y découvriront des éléments passionnants et d’une saisissante actualité. Car si le Hamas a pu transformer le groupuscule diviseur et terroriste qu’il était au départ en mouvement de masse pour gagner les élections parlementaires palestiniennes de 2006, c’est qu’il a su tirer profit des échecs successifs d’un processus de paix torpillé par Israël et les USA mais défendu par le Fatah comme la seule option stratégique viable. Le Hamas s’est renforcé avec les stratégies militaristes dans la région, comme celle des talibans en Afghanistan (qui contrôlent aujourd’hui des zones situées à moins de 50 kilomètres de Kaboul) ou celle du Hezbollah au Liban, résultante des invasions israéliennes dans la décennie 80.

Reconnaître que le Hamas est une réalité incontestable dans le problème israélo-palestinien n’a rien à voir avec une quelconque faiblesse, sympathie ou connivence avec le terrorisme. C’est plus prosaïquement une simple question de bon sens.

Les élections de 2006 ont été considérées libres et justes par les observateurs internationaux, dont beaucoup provenaient de ces contrées «civilisées». Dès lors, c’est au Hamas qu’il revenait de former le gouvernement – puisqu’il paraît que c’est ainsi que fonctionne la démocratie.

Eh bien pas du tout ! La fameuse «communauté internationale» a décidé de ne pas reconnaître le gouvernement choisi par la majorité des Palestiniens; il n’a même pas non plus accepté une alliance entre le Hamas et le Fatah, qui pourtant aurait répondu pleinement à l’attente des électeurs. Au contraire, les manœuvres de l’administration de George W. Bush et du gouvernement de Ehud Olmert pour fomenter une guerre civile entre les deux principales organisations palestiniennes ne relèvent plus du secret – allant même pour cela jusqu’à fournir des armes au Fatah – tout en ignorant simultanément l’accord conclu entretemps par les deux mouvements sous la médiation de l’Égypte et de l’Arabie Saoudite.

Ce processus a abouti à la division palestinienne : le Fatah en Cisjordanie et Jérusalém-Est, dépendant de ce qu’Israël l’autorise ou pas à faire, et le Hamas contrôlant Gaza, territoire de ses principaux bastions. D’où le blocus de Gaza pour en venir, du même pas à l’invasion actuelle.

Le massacre est en cours, et l’on voit les médias développer des efforts aussi étranges que ridicules pour tâcher de faire la distinction entre victimes civiles et militaires. À Gaza, que l’on sache, il n’y a pas de militaires, à part les envahisseurs. On y trouve des restes des forces de police de l’Autorité palestinienne, des militants du Hamas armés et organisés comme des milices. Le reste est constitué d’un million et demi de chômeurs, affamés et humiliés. Tel est l’ennemi d’Israël qui a lancé quelques roquettes, par exemple sur la ville d’Ashkelon, qui s’appelait en 1948 Al-Majdal, était un village arabe dont la population, victime de la purification ethnique sur laquelle s’est fondée la création de l’État d’Israël, s’est réfugiée à Gaza.

Les dirigeants d’Israël promettent que les «civils» seront épargnés pendant l’invasion. Sûrement comme à Beyrouth en 1982, où les militaires commandés par Ariel Sharon, fondateur du parti d’Ehud Olmert et Tzipi Livni, ont détruit le secteur occidental de la ville et supervisés les massacres de Sabra et Chatila. Ou en 1996, lorsque Shimon Peres, l’actuel président israélien, s’est rendu responsable du massacre de Cana, également au Liban, ce qui ne l’a pas empêché de perdre malgré tout les élections parlementaires.

Gaza sera néanmoins encore différent de Sabra et Chatila. Maintenant, les soldats israéliens vont jusqu’à se salir les mains avec le sang de populations sans défense – éclaboussant inévitablement les hypocrites qui les défendent.


Source : GUERRA EM GAZA Hipocrisia sangrenta

Article original publié le 5/1/2009

Sur l’auteur

Pedro da Nóbrega est collaborateur de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique, dont Fausto Giudice est membre. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.